Le hooliganisme existait déjà au siècle dernier. Le hooliganisme moderne existe depuis les années 60 dans plusieurs pays. Des garçons et des jeunes gens âgés de 15 à 25 ans se livrent collectivement à des bagarres, des destructions et des provocations. Leurs principales cibles sont d'autres groupes qui ne se distinguent d'eux que par le fait d'être des supporters d'une autre équipe de football.
Dans les commentaires qui font suite à ces incidents, il est communément dit que ces «supporters» ne méritent pas ce titre. D'autres signalent que les hooligans se considèrent comme les authentiques supporters de leur équipe: ils la soutiennent pour le meilleur et pour le pire, et créent «l'ambiance» si prisée dans les stades. Quoiqu'il en soit, leur allégeance à une équipe de football est le principal lien qui unit les hooligans. Ils semblent moins motivés par l'envie de voir un beau spectacle de football que par celle de voir gagner leur équipe. En outre, les hooligans livrent leur propre match avec les supporters rivaux, ce qui est parfois le plus important. Les matches de football fournissent l'occasion souhaitée.
Le comportement des hooligans semble correspondre à une recherche de prestige. La capacité de se battre, la solidarité du groupe, la loyauté ainsi que la défense agressive de zones culturellement définies sont autant d'éléments d'une identité masculine gratifiante. Les bagarres qui ont lieu dans le cadre du football sont pour de jeunes hommes une manière de mettre leur virilité à l'épreuve face à celle d'autres jeunes hommes aux motivations identiques.
La rivalité et la confrontation entre groupes de supporters semblent à bien des égards comparables à celles existant entre les bandes de jeunes, phénomène bien connu, aux Etats-Unis entre autres. On peut également établir un parallèle avec les luttes tribales.
-Les facteurs propres au football
La corrélation est faible entre les facteurs propres aux matches de football et le hooliganisme. Le résultat du match influe peu sur l'ampleur de la violence qui explose à la fin du match. En général, le hooliganisme contemporain ne semble pas être causé par ce qui se passe sur le terrain un arbitrage contesté ou altercations violentes entre joueurs. Naturellement, des événements de ce genre peuvent parfois provoquer des altercations violentes sur les gradins mais l'événement sur le terrain le plus déterminant pour le déclenchement d'actes de hooliganisme est le marquage d'un but.
A l'extérieur des stades, la violence est en général plus fréquente après le match qu'avant, sans que cela semble lié à l'accumulation des frustrations au cours du match. C'est avant les matches que les supporters semblent le plus désireux d'éviter d'être arrêtés (afin de ne pas manquer le match). En outre, des actions concertées des supporters avant le match demandent plus d'organisation et d'entente.
-Les hooligans
Malgré les efforts déployés pour trouver un lien entre le hooligan et son milieu social, la masse d'informations sur ce sujet n'autorise qu'à une conclusion certaine: il n'y a aucun lien systématique entre le vandalisme et l'environnement social. Il semble, au contraire, que les hooligans proviennent des milieux les plus divers et qu'ils ne se recrutent pas, dans leur majorité, chez les chômeurs et autres défavorisés. Le hooliganisme ou les comportements de même nature ne se limitent pas non plus à une ville, à une région ou à un pays donnés. Les hooligans ressemblent souvent à d'autres jeunes gens qui ont des difficultés à l'école ou dans leur milieu familial, surtout dans leurs relations avec des figures d'autorité (conflits avec les enseignants, etc.), et en l'absence quasi totale de contrôle social. Il est indubitable que les jeunes hommes les plus enclins à la violence sont attirés par les possibilités qu'offrent l'appartenance à un camp et la participation à un match à risques.
Chaque fois, ce n'est qu'une relativement petite partie du groupe à risques qui se rend coupable de comportements violents. Ces observations semblent être conformes à l'image consacrée d'un noyau relativement petit autour duquel gravite un groupe beaucoup plus nombreux de «suiveurs». Toutefois, le comportement du groupe environnant est très important: leur soutien passif ou actif et l'absence de toute forme de condamnation facilite le déclenchement et/ou l'escalade de la violence. Les meneurs du noyau dur jouent le rôle d'instigateurs et d'organisateurs mais il n'existe pas d'organisation formelle avec des «chefs». Le comportement humain des foules de spectateurs du football semble être influencé par les mêmes facteurs que le comportement quotidien, «normal», des êtres humains.
-Contexte, cause et fonction
L'un des principaux facteurs à l'origine du hooliganisme réside dans le désir de gagner du prestige à la fois au sein du groupe et par rapport au groupe rival. La fréquence de la violence semble être fortement liée aux relations existant entre les deux groupes de supporters: lors de rencontres entre deux clubs à risques, la violence est deux fois plus grande que dans les rencontres entre un club à risque et un club qui ne l'est pas. Pourtant, les rencontres entre deux clubs réputés sans risques se caractérisent souvent par une violence étonnante lorsque des supporters extérieurs sont présents. Il semble que les risques de violence soient à leur maximum si le rapport de forces est incertain.
La rivalité entre différents groupes peut avoir des racines historiques et procéder de rivalités non liées au football telles que l'hostilité entre des régions ou des villes. Par le biais des confrontations à l'occasion de matches de football, de nouvelles rivalités peuvent naître ou d'anciennes peuvent se ranimer.
La violence particulière qui marque les rencontres entre deux clubs à risque n'est pas le seul élément donnant à penser que la rivalité est une cause plausible de la violence des supporters. On peut en voir une autre illustration dans le fait que la violence (notamment celle entre supporters, qui est la forme la plus courante) commence souvent sans cause préalable évidente et que les différents groupes de supporters se donnent manifestement beaucoup de mal pour entrer en contact, en se lançant fréquemment des défis. En outre, la manifestation de la violence est vécue par les supporters comme quelque chose d'«amusant», d'«excitant».
Le fait que les buts marqués qui donnent l'avantage à une des équipes sont suivis d'actes de violence qui peuvent être le fait tout autant des supporters de l'équipe qui a gagné que de ceux de l'autre équipe vient également étayer cette théorie de la rivalité.
Seule une petite partie des nombreuses provocations est suivie de violence. Les provocations (qui consistent en injures et en menaces) semblent servir davantage de démonstration d'harmonie interne.
Parfois, l'application de mesures policières est aussi suivie d'actes de violence mais presque exclusivement entre les supporters concernés et les forces de police (et dans une faible mesure contre des biens).
-Evolution
Les manifestations d hooliganisme ont progressivement changé au cours du temps. La nouveauté la plus remarquable a été la dissociation du hooliganisme et des matches de football. Les premières explosions de hooliganisme étaient étroitement liées aux incidents survenant sur le terrain. Les confrontations violentes entre groupes de supporters rivaux sur les gradins ont constitué la deuxième étape. Du fait, en partie, des mesures de sécurité, les supporters ont commencé à occuper des places plus ou moins fixes sur les gradins, qu'ils ont commencé à considérer comme leur territoire. Au stade suivant, pour échapper aux mesures de sécurité, ils ont commencé à occuper des places en dehors de leur territoire. Ils ont également commencé à se rendre à des matches auxquels ne participait pas leur équipe, uniquement pour avoir la possibilité de se mesurer aux groupes de supporters rivaux. On a, enfin, assisté à des confrontations sans lien aucun avec le match de football.
Cette évolution a été mise en branle, dans une large mesure, par les mesures de sécurité prises pour séparer et maîtriser les groupes de supporters rivaux (l'utilisation de la T.V. en circuit fermé, par exemple). Des éléments de plus en plus nombreux tendent à prouver que la menace de nouvelles mesures, éventuellement efficaces, telles que des caméras vidéo et des laissez-passer, peut entraîner une évolution indésirable. Les hooligans répondent aux nouvelles mesures policières par de nouvelles tactiques.
Autre aspect important de cette évolution: les supporters sont mieux organisés, leurs actions mieux coordonnées. Au début, la coordination interne était pratiquement inexistante: les supporters qui voulaient se battre se rendaient au match et savaient qu'ils rencontreraient des gens partageant le même état d'esprit avec lesquels ils pourraient provoquer les supporters de l'équipe adverse. Les confrontations suivaient des modèles prévisibles et des règles simples. Progressivement, les hooligans suivant une équipe ont commencé à s'organiser. Le renforcement des mesures de sécurité a rendu nécessaire une certaine préparation: voyages de reconnaissance, achat des billets à l'avance le cas échéant, coordination des tactiques, organisation commune des déplacements, etc.
Dans les premières années, l'alcool a probablement joué un rôle important dans l'explosion d'incidents. Actuellement, il ne semble pas être un facteur prépondérant, en partie parce que la consommation d'alcool est interdite au moment des matches. D'ailleurs, même les supporters semblent être conscients qu'il n'est pas très avisé d'être sous l'influence de l'alcool lorsqu'ils affrontent délibérément des groupes rivaux. La consommation de drogues est en augmentation, notamment celles qui inhibent la peur et qui semblent accroître l'énergie.
La majeure partie des hooligans appartiennent encore à la tranche d'âge des 15 25 ans. En vieillissant, les hooligans s'intéressent davantage à leur vie professionnelle et familiale et ont tendance à prendre leurs distances. Néanmoins, la proportion de «vieux» hooligans semble être en augmentation. Certains signes montrent même que des hooligans plus âgés ont fait leur retour après quelques années d'absence.